Waow le condo !

Les composants sont comme les humains : ils sont porteurs d’un look et d’une réputation qui se superposent à leur réalité. A mes débuts, il y avait des composants rustiques qui n’avaient pas peur de laisser voir leur fabrication. Plus tard, j’ai vu des séries industrielles colorées comme des peintures Pop Art, de minuscules grains tout bleus au son médiocre, ou à l’inverse des trucs à l’air cheap avec de belles performances, et des composants militaires qui montraient une sensibilité sonore inattendue sous leur blindage.

Je voudrais vous raconter deux aventures qui m’ont marqué l’œil ou l’oreille, ou les deux.


Dans les sixties, les condensateurs C280
avaient un parfum de modernité

Cette appellation industrielle désigne ces petits bijoux pop art commercialisés par Philips vers 1965, qui sont maintenant connus sous la sympathique appellation de Tropical Fish.

Condensateurs - Tropical Fish


Ce sont des condensateurs au polyesther (mylar) de qualité courante, mais parfaitement adaptés aux circuits audio. Leurs bandes de couleurs vives ne sont pas gratuites : elles traduisent leur capacité et leur tension de travail dans le code international des couleurs. Avec un peu d’habitude, on reconnaît instantanément les modèles, à l’opposé des modèles japonais,  avec leur texte noir quasiment invisible sur un fond vert foncé…
Cette polychromie franche, leurs formes arrondies, normalisées et juste assez changeantes leur donnaient un look typique des sixties : à la fois industriel, futé et sexy. Ils venaient installer leur rythme coloré sur les cartes imprimées avec la même insolence que les pubs en bikini dans nos rues.

Encore ensoleillés et déjà objets de nostalgie depuis l’arrêt de leur fabrication, ils sont actuellement recherchés et souvent cotés au-delà du raisonnable : trop mignons et si proches de l’esprit Pop ! C’est vrai qu’ils fonctionnent bien dans les guitares et leurs accessoires, mais c’est le cas de tous les mylars. J’avoue que j’insère quelques tropical fishes dans mes réalisations rien que pour le plaisir de les voir illuminer la carte imprimée. Il y a toujours un 56n en entrée de buffer, et le préampli SweetGerm en comporte généralement trois autres, de 6n8, 10n et 180n…
Sans déconner, cela ferait moins plaisir à l’œil s’il n’ y avait que des modèles tristement industriels. Maintenant, quand je vois les Orange Drops ces cousins vifs et monochromes américains des Tropical Fishes,  je dis « respect ! » : ces bébêtes ont la même qualité, avec un autre look coloré, mais tout aussi présent et éloquent.


Bandeau medium rouge - L15
Bien que plutôt blasé, j’ai été bluffé
par le son des papiers huilés russes

Quand le premier paquet est arrivé de Moscou, j’ai été surpris par le poids de ces condensateurs. J’ai compris pourquoi une fois les bestioles déballées. De grosses bestioles en fait, qui pourraient résister aux chenilles d’un char !


Ils sont le développement haut de gamme d’une technologie ancienne : Deux feuilles d’aluminium séparées par une feuille de papier huilé sont enroulées et scellées dans un tube métallique. Le tube gris sombre qui exhibe son épaisseur et ses arrondis comme des muscles, le scellement noir dur comme de l’émail, les connections épaisses, tout ceci pèse son stalinisme, mais je dois bien avouer que je leur ai découvert des qualités sensibles d’un tout autre genre.

Les condensateurs au papier huilé sont connus pour la fidélité de leur transmission, en particulier des transitoires et des harmoniques en haut du spectre sonore. Je l’ai entendu dès la première utilisation : le remplacement des condensateurs de liaison dans une petit amplificateur à tubes de 10/15W datant de 1967. Le son a pris une définition à la fois solide et claire qui m’a fait oublier que certaines lampes du préampli étaient d’époque !  J’avoue que j’en ai failli jeter les condensateurs Mustard d’origine, que ces russkofs venaient de disqualifier. Vous pensez que j’exagère et que je me suis fait intimider par la carapace grise de ces grosses bêtes… Peut-être, mais elle au moins, elle ne se fendille pas avec l’âge !

Il y a quand même une limite à cette éloge : ces condos 400V ou 600V, si beaux si bons, ne peuvent pas être utilisés dans mes pédales : ils sont bien trop énormes !

Guitar Poppa

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