Le retour du germanium

Le tout synthétiseur des années 80 a suscité en réaction un retour aux guitares, souvent offensif, parfois conservateur, avec le Grunge et le Nu Rock au premier rang. Ce mouvement a remis à la mode les instruments classiques et le matériel ancien : guitares, amplis et boîtes d’effet se sont retournés vers leurs racines. Cela n’a pas arrêté la mutation digitale, qui est un mouvement structurel d’une toute autre dimension, mais cela a permis de remettre en lumière des aspects techniques fondamentaux pour la culture de la guitare électrique. Le retour en grâce des amplis à lampes à été un phénomène majeur. A son humble niveau, la redécouverte du Germanium me semble également un axe digne d’intérêt.


Beaucoup de stock
pour une technologie oubliée…

Vers 2000-2005, alors que l’électronique digitale impose sa loi, à la fois parfaite et invisible dans son hyper miniaturisation, je redécouvre avec plein d’autres foutraques les vertus de ces composants oubliés et soit disant sans intérêt qu’étaient les transistors au germanium.

C’était alors facile de se procurer ces composants anciens. Leur obsolescence avait été si rapidement décidée que des stocks importants étaient restés en rade dans le monde entier. Aux stocks grand public s’ajoutaient les stocks militaires, constitués de composants tout aussi obsolètes, mais de qualité spéciale. Enfin, l’effondrement et l’ouverture des régimes de l’Europe de l’est  nous ont fait découvrir des richesses jusque là inconnues.

Transistors occidentaux
fabriqués sous licence dans les pays de l’est

A la fin des années 60 et au début des années 70, des firmes européennes et en particulier françaises faisaient fabriquer sous licence des transistors dans des pays de l’est comme la Hongrie, la Tchécoslovaquie, et même la Roumanie. D’importants stocks sont revenus à la surface, et tendent actuellement à prendre la place des originaux sur le marché vintage.

Les séries ACxxx de l’Europe de l’est ont un son un peu plus rugueux que les originaux — en particulier les Philips-Mullard — mais ils peuvent fonctionner très bien, quand ils sont correctement mis en oeuvre et biasés, et faire valoir leur propre couleur sonore.
Les SFTxxx — rappelez-vous les Vox Tone Bender anglo-italiens — sont tout aussi bons que les originaux à mon avis pour une bonne raison : Ce sont à mon avis les mêmes !

Le cas particulier des transistors soviétiques

transistors germanium, URSS


Tous ceux qui ont eu à tester les transistors au germanium soviétiques ont été surpris de leur qualité technologique, en général supérieure à celle des modèles occidentaux en principe équivalents.
La première raison est qu’ils étaient fabriqués par le complexe militaro-industriel, et donc soumis à des normes sévères dont profitaient les transistors ordinaires, qui n’étaient que des démarquages moins triés des séries militaires.
La deuxième raison est que ces transistors ont été fabriqués jusqu’en 1988 environ, et que pendant ces vingts ans après l’arrêt de la fabrication en occident, les russes ont fait progresser la technologie du germanium, et ont résolu beaucoup des problèmes initiaux, que les occidentaux avaient laissés en plan : courants de fuite, bruit, dispersion des caractéristiques…

Du vintage contemporain

Entre les modèles historiques occidentaux, dont les qualités sont reconnues à travers leur présence dans les pédales cultes, et les modèles russes qui amènent des qualités nouvelles, on peut aujourd’hui réaliser de vrais appareils à la fois vintage dans leur son ET contemporains par leur tenue technique.

En ce qui me concerne, j’ai constitué un stock de plusieurs milliers de ces transistors, dans des types nombreux, plus forcément disponibles à l’heure actuelle… Et j’y prélève de quoi composer mes petits cocktails sonores, pour faire plaisir aux guitares !


Aller voir : 
Propriétés sonores des transistors au germanium

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