Mes premiers transistors

Au début des années 1960, les lampes régnaient encore sur l’électronique domestique.
Les postes de radio familiaux étaient sombres et sentaient la bakélite chaude ou la poussière grillée. Ils ronronnaient avec un grain dont on ne savait pas encore qu’il allait bien aux guitares. On commençait à écouter ailleurs : de drôles de petits appareils avec des boîtiers clinquants venaient envahir nos chambres d’ados et participer à leur désordre. Ils y balançaient des sons pointus qui percutaient bien sur le rock’n Roll ou la Pop anglaise. C’était un tout autre son que celui des appareils familiaux. On a passé notre adolescence sixties entre ces deux sensations : le brun feutré des radios anciennes et l’orange vif des pocket radios, comme entre le blues et la Pop.

Quand on ouvrait nos pocket radios pour changer la pile, on découvrait de tout petits machins qui allaient devenir les composants essentiels du XXe siècle : les transistors.


Transistors Sesco des 60s

Transistors Sescosem, vers 1964.


Des drôles de petits machins

Je commençais à bricoler. Je pense avoir grillé ou écrasé à peu près tout ces premiers transistors que je tentais de dessouder pour les récupérer, alors j’ai bien du en acheter. Les passages au magasin d’électronique du coin étaient un pélerinage pour nous et une descente aux enfers pour notre porte monnaie.

On ramenait parfois des transistors Philips emballés dans leur carton individuel rouge et bleu, que l’on ouvrait avec précaution, de peur de les casser. Ces « Black glas » me sont restés en mémoire. Leur boîtier en verre teinté noir avec son point rouge irrégulier, l’immatriculation industrielle et les fines connexions, tout cela faisait un mixte de bricolage et de haute technologie. Souvent on devait se contenter des transistors français produits par la Sescosem, futur Thomson… C’étaient de bons composants, moins chers, mais leur look était peu attractif : ils étaient vendus en vrac, et on les trouvait moches dans leurs boîtiers métallique peint de couleurs glauques…

On savait vaguement que les transistors amplifiaient le courant qu’on y faisait entrer, et que tout cela se passait dans le cristal d’un matériau rare au nom bizarre : le Germanium.

L’abandon du germanium, vers 1968

On apprenait pas à pas, mais l’histoire a tourné court : Alors que vers 1968 je commençais tout juste à réaliser mes premiers préamplis, le germanium est devenu brutalement obsolète. Trop fragiles, sensibles à la température, peu constants d’un modèle à l’autre, les premiers transistors au germanium ont été remplacés par de nouvelles petites bêtes quasi parfaites. Leur matériau était moins intriguant. Leur faible prix et leur perfection industrielle nous ont habitués à les utiliser sans y prêter attention. J’avoue qu’il m’est souvent arrivé de ne pas me baisser quand un transistor au silicium tombait par terre dans mon atelier, alors que quelques années plus tôt, c’était un drame quand un antique Black Glas au germanium m’échappait des mains.


Aller voir : 
Quelques anciens transistors Black Glas

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