Les buffers d’entrée

Les buffers sont des étages-tampons que l’on intercale entre la source de signal et le circuit d’effet quand le signal est de faible niveau, ou n’est disponible que sous haute impédance.
On peut donc avoir besoin d’un buffer pour élever le niveau du signal (buffer de tension), ou plus souvent de le rendre disponible sous un courant plus fort. (buffer de courant).

Les pédales pour guitare comportent généralement un buffer de courant sur leur entrée —  on dit aussi adaptateur d’impédance.  Ce n’était pas toujours le cas au siècle dernier…
Les bonnes pédales possèdent en outre un buffer de sortie, capable de combler les fuites capacitives dans les câbles pourris ou de grande longueur (plus de 5 mètres)…
Dans les deux cas, on évite des pertes sonores : la pédale respecte mieux la dynamique du signal et la précision des aiguës.

Ces circuits sont parfois mal considérés par les puristes du vintage, sous prétexte que les circuits historiques n’en avaient pas — et que les pédales japonaises en sont truffées.
Guitar Poppa ne pouvait rester indifférent à cette querelle électronico-esthétique !


Propriétés fondamentales
des buffers de courant

en tant qu’amplificateurs de courant, les buffers évitent les pertes dues aux sources faiblardes, aux connexions fuiteuses et aux circuit avals gloutons.

Leurs première propriété est d’avoir une entrée à haute impédance : 500kΩ à 2MΩ.
Ils sont très peu gourmands : ils prélèvent un courant extrêmement faible sur la source, ce qui préserve le niveau du signal, la qualité de ses harmoniques et des transitoires.

Leur seconde propriété est d’avoir une sortie à basse impédance : 1 kΩ ou moins.
Ils sont costauds et généreux : Ils peuvent débiter dans des circuits gourmands comme beaucoup de Fuzz anciennes, les contrôles de tonalité, les entrées de consoles.
Ils sont également capable de nourrir sans pertes des câbles longs, bons ou mauvais.


Le buffer en entrée de pédale

Analyse du schéma classique.



Le buffer d’entrée reçoit le signal de la guitare sous haute impédance.
Sa sortie basse impédance attaque en permanence le circuit actif de la pédale.
Elle alimente également le canal Bypass qui contourne le circuit d’effet.
Le switch sélectionne entre les signaux « fx » et « dry », tous deux en basse impédance.
• Le signal de sortie est donc toujours en basse impédance, prêt à attaquer la suite.

Avantages sonores

L’entrée de la pédale se fait exclusivement et en permanence par le buffer.
• Les micros de la guitare ne « voient » que la haute impédance du buffer.
• Idéal pour des micros simples : 500kΩ à 700 kΩ. Avec plus, on excite les attaques.
• Idéal pour des humbuckers : 700kΩ à 1,5MΩ. Avec moins, on arrondit le son.
• Ils ne seront plus pompés par la gloutonnerie du circuit actif et des autres pédales.
• Les guitares vont ainsi conserver leur niveau, leur clarté et leur dynamique.

Le buffer fournit un signal basse impédance à tous les circuits en avals
• Le circuit d’effet reçoit un signal parfait, même s’il est gourmand.
• Le signal « dry » (bypass) est vitaminé  et prêt à attaquer les autres pédales en aval.
(alors qu’avec un True bypass passif, le son « dry » voyage en haute impédance et peut facilement être ramolli ou parasité).

Une pédale bufferisée entre toujours en haute impédance et sort toujours en basse impédance.
Elle préserve l’amont et fait le bonheur de l’aval.

Dans un pedalboard, il faut qu’au moins la première pédale (en général un préampli avec tone et drive) possède des buffers efficaces en entrée et en sortie.
Tout l’ensemble y gagnera.


Avantages fonctionnels

Les principaux avantages fonctionnels se trouvent dans la connectivité.

Tout ce qui sort de la pédale est en basse impédance.
Le signal de sortie s’impose donc aux circuit avals sans être assombri ou émoussé.

• Les pertes dans les câbles, même de plusieurs mètres, même fuiteux, sont minimes.
• Chaque pédale sert d’adaptateur à celles qui suivent, et en profitent.
• En particulier : les pédales True Bypass connectées en aval d’une pédale à buffer d’entrée bénéficient du buffer ; elles travaillent alors mieux et sans bruits !

Par conséquent, les pédales à buffer d’entrée éliminent les problèmes de chaînage.
• Il n’y a plus de problèmes d’incompatibilité entre pédales (les Wah et les Fuzz des 60s…)
• L’ordre de branchement n’est plus contraignant : on fait comme on veut !

  Avec des pédales bufferisées, les sélections /interconnexions les plus complexes peuvent être envisagées sur le pedalboard.


Circuits - Buffers - en vrai

Buffer d’entrée d’une Fuzz LikeYourFace basique, mettant en oeuvre un transistor BC549b.


Critiques éclairées ou traditionalistes

Les amateurs de son vintage les plus exigeants, ou les plus conservateurs, critiquent en général le buffering selon deux axes :
D’une part la crainte de perdre certains sons quasi-magiques, certains « mojos ».
D’autre part la gêne de sentir des commandes qui répondent différemment.

« j’ai plus le son avec ces buffers « 

Un circuit d’effet bufferisé perdrait de sa chaleur accueillante, sonnerait plus cru et s’associerait moins musicalement avec le reste du matos…
Effectivement, il arrive qu’une chaîne sonore pourtant médiocre sur le plan technologique produise une couleur et un grain inimitables : c’est le charme des « bons défauts ».
Avouons que le mystère du vintage tient souvent à ces rencontres douteuses sur le papier.

Il faut toutefois reconnaître que ces configurations sont un peu toujours les mêmes :
Les trios guitare/pédale/amplis classiques ne sont finalement pas si variés…
Par ailleurs, ces mojos sont souvent bien fragiles : Changez de câble ou un bout de matos, et le son va changer, la magie se perdre…

On se trouve alors devant une alternative :
D’un côté un son vintage, typé et affectif, mais, un peu toujours le même.
Il est lié à une contingence soigneusement entretenue, mais soumise à l’incertitude des conditions techniques.
De l’autre un son plus « moderne » à la fois variable et facile, mais parfois acculturé.
S’il n’est pas forcément éloigné des modèles historiques, mais son spectre est plus large.
Sa reproductibilité est facile, ses couleurs vives. Il est plus médiatique que magique.

A chacun de choisir…
Une question de choix culturels, je crois.

« Le réglage du volume de la guitare est tout décalé »

Le buffer tirant bien moins sur la guitare qu’un circuit ordinaire, on ressent comme une intensification du niveau et une réponse plus large des commandes.
• L’overdrive ou la disto interviennent avec plus de présence, et parfois d’acidité.
• La course habituellement très critique du potentiomètre de volume de la guitare s’élargit.
• L’effet de clean up des Fuzz Face quand on baisse le volume est toujours là, mais il faut manœuvrer plus largement le bouton pour le reproduire…

Rien n’est changé, mais tout est changé, ou l’inverse…
C’est comme quand on déplace un meuble dans la maison :
Il faut reprendre ses marques.

« Les contrôles de tonalité n’ont plus le même effet »

• Les contrôle de tonalité des guitares semblent avoir plus d’efficacité…
• Les résonances dues à l’interaction entre le condensateur passe-bas et l’inductance des micros s’accentuent vers le bas medium.
• Un dilemme technico-esthétique peut alors apparaître : cet effet plus prononcé quand on baisse le Tone est-il un défaut amené par la présence buffer, ou bien est-ce que celui-ci nous révèle que le traditionnel condensateur de tonalité de 47nF est la plupart du temps surdimensionné, et qu’un 27nF ou un 33nF seraient plus chantants ?

Je respecte ces arguments critiques ; n’empêche que…

Ces arguments sont subjectifs — mais au bon sens du terme : ils engagent l’expérience esthétique du musicien.
Peut-on dire pour autant qu’un circuit d’effet fonctionne moins bien après buffer ?

Le buffer restitue des potentialités sonores qui étaient souvent perdues dans les désadaptations d’impédance et les câbles fuiteux, et que le musicien ignorait.

Avec un buffer, on doit apprendre à maîtriser une gamme plus large de réglages, ce qui bouscule un peu nos habitudes de guitaristes : on peut avoir l’impression de perdre certaines sensations-fétiches. C’est l’histoire du doudou qui est passé à la machine à laver : il va falloir lui redonner son odeur…

N’empêche que les buffers amènent une solidité et une largeur sonore qui valent la peine d’être explorée et sculptée. A chacun de se l’approprier s’il le veut bien.


Les pédales de Guitar Poppa :
avec ou sans buffer ?

Mes pédales se veulent à la fois proches de leurs aînées et plus souples dans leur connectivité avec d’autres pédales, moins centrées sur un seul son ou un routage unique.

J’ai choisi de les construire sur le principe du buffer d’entrée, car je crois aux avantages des liaisons en basse impédance, et parce que mes circuits d’effet sont conçus pour assumer sans acidité l’excès de nervosité que pourrait amener le buffer…

Mes pédales nécessitant un esprit vintage possèdent un filtre passe-bas à 5500Hz.
Ce filtre arrondit les éventuelles acidités apparaissant dans un circuit trop moderne.
La plupart du temps, j’utilise des ampli-op anciens, qui ne cherchent pas à surbriller.
Ce sont des JRC4558 ou les vieux 741. Les NE5532 resteront bienvenus, si nécessaire !
Pour les Fuzz, je propose en option un montage à l’ancienne, non bufférisé.
On préserve ainsi leur génie qui tient entre autres à la désadaptation des impédances.


Liens : 

True Bypass (article)

GuitarPoppa, mise à jour août 2020

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